Le 10 septembre 2010, un séisme de 7,3 sur l'échelle de Richter dévastait Haïti, faisant plus de 220 000 morts.

Quatre ans plus tard, des milliers d'Haïtiens quittent leur pays pour venir s'installer au Brésil. Voici leur histoire.

Chapitre 1: L'arrivée au Brésil

Décembre 2010. La population de Brasiléia, petite ville de l'État d'Acre au nord du Brésil, commence à observer l'arrivée de plus en plus d'immigrés dans la ville. Ces hommes et ces femmes qui franchissent les frontières boliviennes et péruviennes sont haïtiens. Ils ont tout quitté dans l'espoir de trouver au Brésil de meilleures conditions de vie, de travail et d'enseignement.

Pour partir d'Haïti, ils ont remis leur destin entre les mains de passeurs. Des trafiquants qui leur ont demandé en moyenne 3000 dollars pour parcourir 4000 kilomètres en passant par la République Dominicaine, le Panama, l'Équateur et le Pérou. Pour certains, le voyage a duré plus de trois mois et beaucoup racontent avoir été volés, humiliés par les passeurs et par la police de certains pays. Ce parcours clandestin a un but : contourner la longue attente de papiers en règle à l'Ambassade du Brésil de Port-au-Prince.

Témoin des conséquences de ces méthodes clandestines, le gouvernement de l'État d'Acre a décidé de faire pression. Mais peu de choses ont changé ; les haïtiens continuent d'affluer et la situation de la ville de Brasiléia s'aggrave. Ces trois dernières années, plus de 21000 haïtiens seraient entrés clandestinement au Brésil, selon les données du Ministère de la Justice. Et ce chiffre augmente d'année en année. En 2013, le flux d'immigrants a été multiplié par cinq par rapport à 2011.

A Brasiléia, le gouvernement d'Acre a mis en place un minimum de structures. C'est dans cette ville que les Haïtiens demandent le statut de réfugié auprès de la Police Fédérale. Le Brésil, qui a décidé d'ouvrir ses portes aux Haïtiens à la suite du séisme de 2010, leur fournit des visas pour raison humanitaire et des permis de travail. Dans l'attente de leurs nouveaux papiers, ils patientent dans un centre d'accueil insalubre.

L'abri s'avère être une ancien complexe de loisirs dont la capacité d'accueil s'élevait à 250 personnes. Au cours du seul mois d'avril 2013, 1300 immigrants ont dormi dans le local. Face à la situation, le gouverneur d'Acre a décrété la situation d'urgence sociale dans la ville.

Découvrez ci-dessous un panorama du centre d'accueil pour réfugiés où logent les Haïtiens quand ils arrivent au Brésil.

A bientôt, Haïti!

La journée du 12 janvier 2010 restera gravée à jamais dans la mémoire de la population haïtienne. A cette date, un tremblement de terre de 7,3 degrés sur l'échelle de Richter a atteint le pays. Plus de 230 000 personnes sont mortes dans cette tragédie et 1,5 millions restèrent sans-abris.

Une année après le tremblement de terre, Port-au-Prince, capitale du pays, était toujours sous les débris. En 2013, l'ONG Oxfam a calculé que seuls 5% des décombres ont été retirés de la ville. Face à la situation de leur pays, les Haïtiens fuient dans l'espoir d'un avenir meilleur.

Parcours du combattant

Après avoir quitté leur pays, le chemin tracé par les passeurs conduit les Haïtiens à passer par la République Dominicaine, le Panama, l'Équateur et le Pérou. Quand ils atteignent enfin le Brésil, ils trouvent d'abord sur leur chemin la ville d'Assis Brasil, à la frontière du Pérou et de la Bolivie. Ils parcourent ensuite 110 kilomètres pour rejoindre Brasiléia, où le gouvernement d'Acre a mis en place une structure d'accueil. Là, ils peuvent reprendre des forces et demander les papiers qui leur permettront de rester ; c'est le début de leur nouvelle vie.

Rêve

Dans ce camp de fortune, les Haïtiens ont deux mots à la bouche: travail, études. Ils ont quitté leur pays avec l'illusion qu'ils auraient accès au Brésil à un système d'enseignement supérieur gratuit et accessible.

Selon un reportage du Monde, Haïti compte 200 universités, mais seuls 25% de ces établissements bénéficient d'une autorisation de fonctionnement délivrée par l'État. 80% sont situés à Port-au-Prince et 8 établissements sur 10 sont privés.

Logement aux « conditions inhumaines »

Les conditions de logement à Brasiléia, où les immigrés de diverses nationalités se réfugient en attendant leur régularisation, sont extrêmement précaires. Lors d'une visite en août 2013, l'ONG brésilienne Conectas Direitos Humanos y a observé des « conditions inhumaines ».

« Les haïtiens dorment les uns sur les autres dans une chaleur épouvantable, sur des morceaux de mousse qui furent un temps de petits matelas, en plein milieu des chaussures et autres affaires de tout le monde. La zone où se trouvent les toilettes est inondée d'eau fétide, il n'y a pas de savon pour se laver les mains et tous ceux avec qui nous avons parlé se plaignent de douleurs abdominales et de diarrhées. Beaucoup passent des mois dans ces conditions », décrit João Paulo Charleaux, responsable de la communication de l'ONG.

« Les haïtiens mangent du chat »

Sur place, l'alimentation dépend des dons de la population ou du gouvernement local. Avec l'augmentation du nombre d'immigrants, les dons sont devenus insuffisants pour nourrir tout le monde.

EEntre septembre 2012 et février 2013, aucune nourriture n'était distribuée dans le local. Les Haïtiens ont dû manger ce qu'ils trouvaient dans la rue. Le gouvernement local n'a réorganisé une distribution de nourriture qu'à partir de février 2013 en contractant un partenariat avec une entreprise qui vend des plats pour 3,98 reais, soit environ 1,30 euros. Des bagarres ont souvent lieu entre les Haïtiens, comme l'explique le responsable du logement Damião Borges.

Damião, le grand frère des Haïtiens

Damião Borges est fonctionnaire, employé par le Secrétariat de la Justice et des Droits de l'Homme de l'État d'Acre. C'est lui qui a la charge de superviser le centre d'accueil des réfugiés de Brasiléia depuis 2010, quand les Haïtiens ont commencé à arriver.

A n'importe quelle heure du jour ou de la nuit, il accueille au mieux ces immigrés dont l'histoire, petit à petit, devient aussi la sienne.

Quand les recruteurs viennent à Brasiléia

En Avril 2013, le gouvernement d'Acre a inauguré un bureau du service national pour l'emploi à Brasiléia, dont la mission vise à accélérer l'émission de permis de travail des immigrés.

Des entrepreneurs brésiliens voient d'un bon œil cette main d'œuvre bon marché qui afflue des frontières. Certains font le déplacement jusqu'au nord du pays afin de sélectionner de nouveaux employés qui travailleront dans l'industrie ou sur des chantiers.

De la même manière que les jeunes nigériens migrant vers la Côte d'Ivoire décrits par le réalisateur Jean Rouch en 1958, les Haïtiens « ne savent rien faire et tout faire ». Certains s'inventent des compétences de maçon ou d'électricien pour être embauchés plus rapidement.

Petits boulots

Au moment de leur arrivée sur le territoire brésilien, les Haïtiens sont le plus souvent sans un sous en poche. Pour quitter la ville de Brasiléia et s'installer plus au sud, certains peuvent compter sur le soutien de leur famille qui leur envoie de l'argent pour les transports. D'autres, moins chanceux, sont forcés de faire des petits boulots ou attendent d'être embauchés par une entreprise qui leur paiera le déplacement vers une autre ville du pays.

A l'intérieur du logement, on fonctionne au troc et chacun essaie de tirer son épingle du jeu. Ici, une femme vend des tranches de pastèques, là un coiffeur propose ses services. C'est ainsi que, petit à petit, les Haïtiens tentent de reconstituer la petite épargne qu'on leur a volé pendant le voyage.

Le gouvernement local pointé du doigt

Le centre d'accueil des réfugiés est installé dans un grand hangar, vestige d'un ancien complexe sportif déserté. Les baies vitrées ont disparu, laissant l'air libre passer. Le bâtiment a été mis à disposition des immigrés par le gouvernement de l'État d'Acre mais l'insalubrité des lieux est fortement critiquée par les étrangers de passage.

Malgré la coalition interministérielle qui travaille main dans la main avec le gouvernement local depuis avril 2013, la structure d'accueil n'est pas moins précaire. Dans la partie des sanitaires, les chasses d'eau ne fonctionnent pas et les douches sont bouchées.

Adieu, Brasiléia!

Une fois leur visa et leur permis de travail en poche, les Haïtiens peuvent enfin quitter l'État d'Acre. Certains s'en vont avec la certitude d'avoir un emploi, d'autres prennent la route vers le foyer d'amis ou des parents déjà installés dans le pays et qui pourront les aider à trouver un travail.

En pleine nuit, aux heures où les vols intérieurs sont les moins chers, l'aéroport de Rio Branco se remplit d'Haïtiens. Parmi eux, Billy et Charles se préparent à embarquer pour un futur rempli d'incertitudes.

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Chapitre 2: L'adaptation

Após conseguir toda a documentação, os haitianos começam a migrar pelo território brasileiro. Alguns se deslocam para grandes cidades, na ilusão de encontrar abudância de emprego. Outros acabam seguindo para centros urbanos onde já existem colônias de haitianos.

Jeannise, 51, migrou para Brasília e se instalou no Varjão, região periférica da capital. Ali encontrou abrigo na casa de conterrâneos e a ajuda de uma religiosa.

« Je ne sais pas où je vais dormir »

Quand ils arrivent à la capitale, les Haïtiens sont épuisés ; par leur voyage et par la période qu'ils ont passé à Brasiléia. Sans pied à terre, ils trouvent refuge chez des Haïtiens arrivés avant eux, le temps de reprendre des forces puis de se mettre en quête d'un emploi.

Près de Brasilia, les immigrés rencontrent sur leur chemin Rosita Milesi, religieuse et directrice de l'Institut des migrations et des Droits de l'Homme. Elle tente de fournir aux nouveaux arrivants des vêtements et des objets utiles dans la vie de tous les jours.

L'attente de la famille

Beaucoup d'Haïtiens désirent s'installer au Brésil de façon permanente et tentent ainsi de ramener les membres de leur famille restés à Haïti. Jeannise est arrivée seule, elle attend maintenant l'arrivée de ses quatre fils. Par manque d'argent, elle a pu payer seulement les frais de transports de l'aîné. Dès qu'il arrivera, il travaillera pour payer le voyage à ses autres frères. Tous voyageront jusqu'au Brésil par l'intermédiaire d'un passeur.

Un rêve brésilien

Ces immigrés haïtiens voient le Brésil comme un vrai Eldorado. Les grands évènements sportifs mondiaux que le pays va accueillir, comme la Coupe du monde en 2014 et les Jeux Olympiques de 2016, participent de sa forte attractivité pour les immigrés.

Du travail

Au moment de chercher du travail, les Haïtiens sont bloqués par la barrière de la langue. En général, ils arrivent au Brésil sans connaissance de la langue portugaise.

Ceux qui choisissent de s'établir à Brasília comptent ainsi sur le soutien de Rosita Milesi pour les aider à décrocher un emploi. La religieuse les sensibilise aussi à leurs droits en tant que travailleurs.

Travail esclave

Certains entrepreneurs profitent de la précarité des Haïtiens pour les soumettre à des conditions de travail proches de l'esclavage. En juin 2013, 21 Haïtiens ont été découverts dans cette situation dans la ville de Cuiaba, à l'ouest du pays.

Selon un reportage du site d'information G1, « ils dormaient dans des lits improvisés juste en face du logement prévu à leur effet. Certains d'entre eux étaient confectionnés avec des piles de canettes. A l'intérieur du logement, les chambres minuscules étaient bondées. Et les travailleurs étaient privés d'eau ».

Au sud du pays, dans l'État Rio Grande do Sul, le Ministère du Travail a du intervenir dans un conflit opposant immigrés et employeurs. Les Haïtiens protestaient contre des déductions abusives sur leurs fiches de paye.

Action interministérielle

En avril 2013, une mission interministérielle spéciale, commanditée par le Ministère de la Justice, s'installe à Brasiléia pour encadre et accélérer la régularisation des Haïtiens. En quatre jours, pas moins de 1315 Haïtiens ont été enregistrés. 1048 reçurent ensuite un permis de travail.

Nouveaux défis

Les Haïtiens qui entrent au Brésil sollicitent le statut de réfugié. Mais leur situation, pour la majorité, ne correspond pas au cadre légal du statut de réfugié tel qu'il est défini par l'ONU.

Le Brésil, qui a fait le choix de leur ouvrir ses portes, a besoin de mettre au point une nouvelle loi sur l'immigration et de développer sa politique migratoire. Plus que jamais, le pays doit créer des structures d'accueil pour ces nouveaux migrants qui arrivent en poursuivant un rêve non pas américain, ni européen, mais brésilien.

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Équipe

Murilo Salviano
Reportage / Conception


Journaliste diplômé de l'Université de Brasília et de l'IUT de Lannion. Après plusieurs stages à TV Globo à Londres et Brasília, à Radio France Internationale (RFI) à Paris et au sein des rédactions de TV Brasil e TV Brasília/Redetv, je travaille maintenant pour la chaîne Globo News à Brasília.

Thiago Vilela
Conception graphique / Webmaster


Journaliste diplômé de l'Université de Brasília, je me suis spécialisé dans la création de sites internet, la photographie et le montage vidéo. J'ai étudié les Beaux Arts à l'Université de Porto avant de poursuivre une formation sur la suite Adobe.

Je travaille actuellement au sein de la Commission nationale de la Vérité, qui enquête sur les violations des droits de l'Homme commises entre 1946 et 1988 au Brésil.

Nolwenn Guyon
Reportage / Traduction


Journaliste diplômée de l'IUT de Lannion, j'ai passé l'année 2013 au Brésil, à Brasília puis à Rio où j'ai intégré le service vidéo de l'Agence France-Presse pendant trois mois. Spécialisée en journalisme web, je reste aussi solidement attachée au terrain ; c'est ce qui m'a poussée à faire des stages tant au service des nouveaux médias d'ARTE que dans plusieurs titres de PQR (Ouest-France, La Provence).

Remerciements

Fernando Oliveira Paulino (tuteur universitaire), Alexandre Bastos (retouche photo), Cassiana Umetsu (graphisme), Pedro Resende (aide sur le terrain à Acre), Vanessa Soares (aide sur le terrain à Acre), Thibault Danjou (time-lapses), Gurvan Kristanadjaja (collaboration).

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